Le Père Aimé, à la messe d'Assieu a donné son homélie en lien avec la Fête de la Saint-Vincent. L'association Saint Vincent fêtait dans le village "la Saint Vincent"
A la demande des paroissiens le Père Aimé nous transmet son homélie.
Homélie pour le 5ᵉ dimanche du Temps ordinaire Année A
Les lectures de ce dimanche nous parlent d’une foi visible, concrète, incarnée. Une foi qui ne se contente pas de belles paroles, mais qui transforme la vie, éclaire le monde et donne du goût à l’existence. C’est précisément ce que Jésus exprime par deux images simples et fortes : le sel et la lumière.
Frères et sœurs, dans l'Évangile, Jésus ne nous donne pas un conseil. Il ne dit pas : « Essayez d'être le sel » ou « Vous devriez être la lumière ». Il dit : « Vous ÊTES le sel de la terre... Vous ÊTES la lumière du monde. » C’est une affirmation de notre identité profonde. Par notre baptême, nous avons reçu cette saveur du Christ et cette clarté de l'Esprit. Mais le sel a une particularité : il ne sert à rien s'il reste dans la salière. La lumière ne sert à rien si elle est enfermée sous un seau. Ils n'existent que pour se donner, pour disparaître dans l'aliment qu'ils assaisonnent ou pour éclairer ce qui les entoure.
Aujourd’hui, être sel : c’est réchauffer un cœur par une parole bienveillante, réconcilier là où il y a des tensions familiales, refuser l’indifférence dans un monde qui s’habitue à la misère, à la violence, à la solitude. Dans nos familles, le sel, ce sont : la patience des parents, le pardon entre époux, l’attention aux plus fragiles, aux enfants, aux personnes âgées. Sans cela, la foi perd sa saveur.
La lumière dont parle Jésus n’écrase pas, elle oriente. Saint Paul (1 Co 2) nous rappelle que cette lumière ne vient pas de notre puissance, mais de Dieu. Nous n’avons pas à être parfaits. Nous avons simplement à laisser passer la lumière du Christ à travers nos gestes. Être lumière c’est permettre à Dieu d’éclairer, à travers nos actes, les chemins parfois obscurs de nos familles, de notre travail, de notre société.
Aujourd’hui, être lumière : c’est dire la vérité avec amour, choisir le bien même quand il coûte, espérer quand tout semble sombre. Dans un monde marqué par les guerres, la peur, la perte de repères, un chrétien qui aime vraiment devient une lampe allumée.
Aujourd'hui, nous tournons nos regards vers Saint Vincent, ce diacre martyr qui a témoigné du Christ au IVe siècle. Pour les vignerons, Vincent est le patron de la vigne et du vin. Et deux choses nous aident à méditer sur cette fête.
Le pressoir : Le nom de Vincent évoque la victoire (vincere), mais une victoire acquise dans la souffrance. Comme le raisin doit être écrasé dans le pressoir pour donner le vin qui réjouit le cœur de l’homme, Vincent a été "pressé" par la persécution.
La saveur conservée : Jésus nous avertit : « Si le sel perd sa saveur, il ne vaut plus rien ». Saint Vincent, au milieu des tourments, n'a jamais perdu la "saveur" de sa foi. Il est resté ce sel qui donne du goût à l'espérance chrétienne, même dans l'épreuve.
La première lecture d'Isaïe nous donne le mode d'emploi pour que notre lumière brille : « Partage ton pain avec celui qui a faim, recueille chez toi le malheureux sans asile... alors ta lumière jaillira comme l'aurore. »
Saint Vincent, en tant que diacre, était précisément chargé du service des pauvres et de la prédication. Sa lumière ne venait pas de ses propres forces, mais de sa capacité à laisser passer la charité de Dieu à travers lui.
Pour nous aujourd'hui, fêter la Saint Vincent et méditer cet Évangile, c'est nous poser une question simple :
Quelle saveur donnons-nous à notre entourage ? Sommes-nous des chrétiens "insipides", ou apportons-nous ce petit grain de sel qui change l'atmosphère d'une famille, d'un lieu de travail ou d'une communauté ?
Saint Vincent nous rappelle aussi que la joie chrétienne est une joie incarnée, enracinée dans la terre, dans le travail humain, dans les relations fraternelles. Le vin, dans la Bible, est signe de fête, d’alliance, de Royaume. Et à chaque Eucharistie, ce vin devient le sang du Christ, donné pour la vie du monde.
Conclusion
Que par l'intercession de Saint Vincent, nous sachions transformer les "pressoirs" de nos vies en un vin de fête. Ne craignons pas de briller, non pas pour être vus, mais pour que les hommes, en voyant nos "bonnes œuvres" — nos gestes de partage, de justice et de douceur — rendent gloire à notre Père qui est aux cieux. Amen.