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La vigilance - prendre son temps dans nos paroles – 2ᵉ dimanche de l’Avent Année A
Depuis le Dimanche dernier nous sommes entrés dans le temps de l’Avent et nous avons médité sur « l’Attente ». Nous sommes au 2ᵉ dimanche de l’Avent et nous allons méditer sur la « Vigilance ». En effet l’Avent n’est pas d’abord un temps de course aux décorations, aux promotions ou aux cadeaux, mais un temps pour ouvrir notre cœur à Celui qui vient : Jésus-Christ. Et l’Avent est un temps de veille. La veille chrétienne n’est pas agitation : c’est une vigilance intérieure qui ouvre un espace à Dieu, et donc aux autres. L’Avent nous invite à la vigilance. Une vigilance qui n’est pas faite d’inquiétude ou de tension, mais d’attention intérieure, de présence à ce que nous vivons. En ce 2ᵉ dimanche, la liturgie nous tourne vers la figure de Jean le Baptiste, le prophète de l’essentiel : il parle peu, mais chaque parole qu’il prononce porte du fruit.
1. La Vigilance et la Parole
- La Vision d'Isaïe : Isaïe décrit le Messie comme animé par un esprit de sagesse, d’intelligence, de conseil et de crainte du Seigneur. Sa manière de juger et de parler ne vient pas de réactions spontanées ou impulsives : Il ne jugera pas sur l’apparence. Il ne se prononcera pas d’après ce qu’il entend dire. Cette image du Messie nous apprend une première forme de vigilance : Prendre le temps avant de parler pour discerner : regarder en profondeur, non en surface. Nous sommes souvent portés à répondre trop vite : conclusion hâtive, jugements instinctifs, paroles blessantes par précipitation. Isaïe nous invite à une parole pesée, ajustée, qui jaillit d’un cœur pénétré par l’Esprit, non d’une réaction émotionnelle.
Isaïe nous dit que : Être vigilant dans nos paroles, c'est justement prendre notre temps pour ne jamais juger sur l'apparence ou sur des rumeurs (commérages), ce qui va à l'encontre de la justice du Christ. La vigilance de la parole consiste à vérifier, écouter, comprendre avant de parler, pour que nos mots ne soient pas basés sur la rumeur ou le préjugé. La vigilance nous pousse à faire de nos paroles des instruments de l’harmonie et de paix dont parle Isaïe, plutôt que des sources de conflit, de division ou de médisance.
- La Vision de Paul : Paul place la communauté sous le signe de la patience et de la consolation que donne l’Écriture. Une parole vigilante est une parole qui accueille. Parler trop vite — donner un avis avant d’écouter, interpréter avant de comprendre — empêche l’autre d’être reçu. Prendre son temps dans nos mots, c’est donner place à l’autre, lui permettre d’habiter la relation. Paul ajoute : « Que Dieu vous donne d’avoir les mêmes dispositions les uns envers les autres. » La vigilance devient alors un travail intérieur : aligner nos paroles sur la patience de Dieu. La vigilance dans nos paroles, dans la vision de Paul, commence par l'écoute vigilante de la Parole de Dieu. C'est en la laissant nous façonner que nos propres mots se purifient.
Prendre son temps dans la parole, c'est aussi prendre le temps de la méditer pour qu'elle devienne source de réconfort et d'unité (« afin que, d’un seul cœur, d’une seule voix, vous rendiez gloire à Dieu »).
- L'Exemple de Jean-Baptiste : Jean-Baptiste est l'exemple d'une parole qui ne se prend pas pour la Parole. Le cri de Jean-Baptiste est clair : « Convertissez-vous, car le Royaume des Cieux est tout proche. » (Matthieu 3, 2). C'est un appel urgent à changer son cœur et, par extension, à changer sa manière de parler et d'agir. Jean Baptiste témoigne avec force, mais il ne cherche pas la gloire pour lui-même. Vigilance ici, c'est l'humilité de notre parole : Savoir se taire, ne pas monopoliser l'attention, et surtout orienter nos mots vers Celui qui est la Parole (Jésus-Christ).
Prendre son temps dans la parole, c'est s'assurer que notre message est porteur de justice, de paix, et d'espérance – le fruit que Jean-Baptiste attend de la conversion.
2. La parole qui précède le geste intérieur : à l’écoute de l’Esprit Saint
Jean n’utilise pas la parole pour remplir le silence. Il ne commente pas, il ne bavarde pas : il appelle, il réveille, il ouvre un chemin. Il nous rappelle qu’une parole authentique vient d’un cœur qui a pris le temps de se laisser travailler par Dieu. Dans un monde où l’on parle vite, beaucoup, parfois trop, la vigilance chrétienne pourrait consister à ralentir nos paroles : laisser un espace où Dieu peut nous inspirer plutôt que réagir impulsivement.
Prendre le temps de discerner avant de parler. La vigilance, dans la Bible, n’est jamais purement extérieure. Elle est une posture intérieure qui demande d’être présents à nous-mêmes, attentifs à ce qui nous habite.
L'appel à "aplanir la route" (Isaïe 40, 3-5, cité par Matthieu) ne concerne pas seulement nos actions ou nos pensées, mais aussi et surtout la manière dont nous communiquons avec les autres et avec Dieu. La conversion de la parole demande de la vigilance : éviter les paroles blessantes, les jugements hâtifs, les critiques, les rumeurs ("combler les ravins" de la médisance, "abaisser les montagnes" de l'orgueil et de la parole dominatrice).
Prendre son temps permet de laisser l'Esprit Saint inspirer nos paroles, les rendre droites et justes comme les sentiers que Jean-Baptiste nous invite à tracer.
Avant de parler, cette vigilance nous interpelle : Ce que je vais dire construit-il ou détruit-il ? Ma parole révèle-t-elle la paix de Dieu ou mon agitation ? Vais-je parler pour éclairer ou simplement pour occuper l’espace ? Jean le Baptiste, par son dépouillement, montre que la parole juste naît du silence juste. En fait, souvent, on ne se rend pas compte que l'Esprit Saint travaille beaucoup. Pas toujours dans des événements heureux, même dans les événements négatifs. Donc on sera un peu vigilant dans l'ensemble de notre vie, dans l'agir, dans l'être, dans la vie spirituelle, dans la vie professionnelle et dans la vie des relations avec les autres. Vigilance, voilà ce qui nous est demandé cette semaine. Vigilance dans nos relations. Prendre son temps dans la parole, c’est aussi laisser l’autre exister. Écouter vraiment. Laisser un silence qui permet à l’autre de dire sa vérité. En ce sens, la vigilance est un acte d’amour. Elle reconnaît la présence de Dieu dans celui qui me parle.
Nous pourrions, cette semaine, pratiquer une petite vigilance concrète : Avant de répondre, marquer une seconde de silence. Demander intérieurement : « Seigneur, mets ta paix dans ma parole ». Choisir, une fois par jour, de garder le silence plutôt que d’ajouter un mot inutile. Offrir une parole qui encourage, plutôt qu’une parole qui juge. Vérifier le cœur de l'intention : Est-ce que ce que je vais dire est vrai, bon et utile ? (Le triple filtre de Socrate).
Ainsi, notre parole deviendra plus lente peut-être, mais aussi plus vraie, plus féconde, plus évangélique.